mardi 8 décembre 2009

VICTOR JARA : OBSÈQUES POPULAIRES EN CHANSONS

Santiago, correspondance particulière. « J’en ai la chair de poule », sourit avec émotion Alberto. Les 5000 personnes qui suivent, dans les rues de Santiago, le cercueil de Victor Jara, reprennent en chœur, d’une même voix, les chansons du chanteur compositeur communiste.

« Ce qui m’étonne le plus, à moi qui l’ait connu, souligne Elena Rojas, militante communiste de soixante-sept ans, ce sont tous ces jeunes qui sont venus lui rendre un dernier hommage. » Sous le soleil qui tape, la foule est bigarrée. Beaucoup de jeunes, des personnes âgées sur leur trente et un, des chanteurs de rue, des danseurs, des familles, un œillet rouge dans la main.

« Je n’étais même pas né quand il a été assassiné, souligne Mariano, qui a quinze ans. Ce sont mes parents qui l’écoutaient beaucoup quand j’étais enfant. Maintenant, c’est moi qui l’écoute  ! »

Comme l’explique Rodrigo Nuñez, depuis dix ans « payador », chanteur poète de rue, « Victor Jara, c’est le saint patron des chanteurs, il n’y a pas un seul Chilien qui ait commencé à chanter et à gratter sa guitare sans ses chansons  ! » Il y a trente-six ans, le 18 septembre 1973, seules trois personnes, sans fleurs ni chants, enterraient Victor Jara.

« C’est grâce à un fonctionnaire du registre civil qui a reconnu Victor Jara à la morgue, que son corps n’a pas été lancé dans une fosse commune et que Victor n’est pas devenu un des disparus de la dictature, souligne Gloria König, directrice de la fondation Victor-Jara. Il manquait des obsèques populaires à cet immense personnage, qui a révolutionné la musique folklorique chilienne et le théâtre, qui s’est engagé pour son peuple corps, âme et art. »

La fondation, soutenue par la famille de Victor, a ouvert jeudi et vendredi ses portes pour une veillée funèbre nuit et jour, où chacun a pu lui rendre un dernier hommage en silence.

En chanson, c’était aussi possible devant la fondation, sur la place Brésil, où était ouverte une scène. Des milliers d’anonymes et de personnalités de la musique, du cinéma, du monde politique y ont assisté. « Ce ne sont pas des obsèques normales, a remercié Joan Turner, la veuve de Victor. C’est un acte d’amour et un deuil pour tous nos morts. »

Et la présidente Michelle Bachelet, présente également, d’ajouter  : « C’est vrai que Victor Jara vit dans le cœur de son peuple. “Victor Jara présente  !” » Trente-six ans après son assassinat, Victor a reçu l’adieu populaire qu’il méritait. Seul manque désormais que justice soit faite.


Hélène Holcman

TRENTE-SIX ANS APRÈS, L'HOMMAGE DU CHILI À VICTOR JARA

Le Chili vivait sous une dictature militaire. Samedi 5 décembre, en revanche, ils étaient des milliers à accompagner au cimetière principal de Santiago du Chili la dépouille mortelle du chanteur Victor Jara assassiné, à 40 ans, par les militaires au lendemain du coup d'Etat du 11 septembre 1973.

Pendant près de sept heures, sous un soleil éclatant, le cortège funèbre, conduit par sa compagne, Joan, et les deux filles du couple, Amanda et Manuela, a traversé le centre de la capitale au milieu d'une foule de jeunes et de moins jeunes, de célébrités et d'inconnus, tous reprenant en choeur, tel un hymne national, la plus célèbre des chansons de Victor Jara, Te recuerdo Amanda. Les drapeaux rouges au milieu des drapeaux nationaux, les mots d'ordre politiques, les oeillets rouges jetés par des femmes sur le cercueil, les portraits du chanteur tenus à bout de bras, tout se mélangeait. Jamais les obsèques d'un artiste n'avaient réuni autant de monde au Chili.

Victor Jara, figure de la "nouvelle chanson chilienne", était un artiste engagé - proche du Parti communiste - qui puisait son inspiration dans la vie quotidienne du petit peuple. Sa notoriété allait au-delà de l'Amérique latine. Arrêté le jour du putsch contre Salvador Allende, incarcéré comme des milliers d'autres dans le plus grand stade de la capitale, Victor Jara allait affronter la barbarie : à coup de bottes et de crosse, les doigts de ses deux mains allaient être écrasés.


A un jeune, également raflé, il exhibait ses plaies dans le stade : "Regarde mes mains... C'est pour que je ne puisse plus jouer de la guitare." Quatre jours plus tard, il était abattu d'une rafale de mitraillette. Une enquête ouverte en juin par la justice (d'où l'exhumation du corps et les nouvelles obsèques) a permis de reconstituer les circonstances de la mort de l'artiste. Le nom du soldat de 18 ans qui l'a tué est aussi connu. Mais pas celui de l'officier qui a donné l'ordre.
Prisonnier politique quelques mois pendant la dictature avant d'être contraint à l'exil, Ramiro a suivi le cortège, samedi, avec son épouse Monica. "Nous étions jeunes, et Victor symbolisait notre idéal. Cet idéal, il ne faut pas l'oublier", dit-il. Et elle d'ajouter : "La droite veut gommer l'épisode de la dictature. Il faut être vigilant."


Mais les temps ont changé. Vendredi, à la veillée funèbre, la présidente - socialiste -, Michelle Bachelet, est venue rappeler, la voie émue, que si Victor Jara "peut maintenant reposer en paix", il est important de "poursuivre la quête de justice et de vérité" pour les autres victimes de la dictature. Un musée de la mémoire et des droits humains devrait être inauguré à Santiago en début d'année. Il le sera par la présidente, quelques jours avant la fin de son mandat. Et le retour annoncé de la droite au pouvoir.

Jean-Pierre Tuquoi

samedi 5 décembre 2009

OBSÈQUES, 36 ANS APRÈS, D'UN CHANTEUR VICTIME DE PINOCHET

Un cortège de plus de 3 000 personnes, arborant oeillets et drapeaux rouges, a accompagné le cercueil de Jara à travers le centre de Santiago vers le cimetière général de la capitale. L'artiste, enterré a la sauvette en 1973 une fois son corps récupéré secrètement par sa veuve, devait cette fois recevoir une digne inhumation, après une ultime cérémonie.

L'enterrement est le point culminant de trois jours d'hommage national au chanteur, qui ont mobilisé le monde des arts, de la culture, de la politique, mais aussi des milliers de Chiliens ordinaires, nostalgiques des ballades de Jara, un artiste engagé très populaire en Amérique latine au moment de sa mort, à 39 ans.

Cet hommage tardif fait suite à l'exhumation en juin de la dépouille pour des tests médico-légaux, dans l'espoir d'une avancée sur les circonstances de sa mort. Un ex-soldat âgé de 18 ans en 1973 a été inculpé en mai après des aveux partiels, mais il s'est rétracté et a été libéré sous caution.

La présidente socialiste Michelle Bachelet, s'associant vendredi aux hommages, a appelé à continuer de faire la lumière sur les victimes de la dictature de 1973-90, qui laissa plus de 3 100 morts ou disparus.

«Victor peut enfin reposer en paix après trente-six ans, mais beaucoup d'autres familles aimeraient» elles aussi pouvoir retrouver la paix et pour cette raison «il est important de poursuivre la quête de justice et de liberté», pour que le Chili puisse retrouver la paix, a-t-elle déclaré.

Arrêté dans les heures suivant le coup d'Etat du 11 septembre 1973 contre le président socialiste Salvador Allende, Victor Jara fut détenu dans le grand stade de Santiago avec quelque 5 000 personnes. Là, il fut frappé et torturé, ses doigts de guitariste brisés, avant d'être abattu à la mitraillette, avec d'autres détenus. Il était une des figures de proue d'un courant appelé «la nouvelle chanson populaire» en Amérique latine dans les années 1960-70.

vendredi 4 décembre 2009

« LA RÉSURRECTION DE VÍCTOR JARA »

Trois jours d'hommage au chanteur, poète et homme de théâtre, torturé et exécuté en 1973, aux premiers jours de la dictature d'Augusto Pinochet, ont débuté le 3 décembre. En juin dernier, sa dépouille mortelle avait été exhumée pour des tests médico-légaux, dans le cadre de l'enquête sur son assassinat. Cet hommage culminera le 5 décembre avec l'inhumation des restes du corps de l'artiste.